Les valeurs high-tech effacent des tablettes le record de la bulle Internet

Il aura fallu 17 ans pour que l’indice S&P 500 Information technology retrouve son record de mars 2000. La ruée des investisseurs sur ces valeurs en forte croissance a porté le secteur au plus haut.

Rien ne semble pouvoir arrêter la « techmania ». L’indice S&P 500 information technology vient de battre son record historique à Wall Street, à 992,29 points, effaçant des tablettes un record vieux de 17 ans ! A l’issue de 9 séances consécutives de hausse (+6,25 %), l’indice, composé des principales valeurs des technologies de l’information aux Etats-Unis, vient en effet de battre le niveau atteint au moment dela bulle Internet, le 27 mars 2000. L’indice affiche d’ailleurs un gain de 22,82 % depuis le début de l’année, une progression supérieure à celle de l’indice Nasdaq (+18,6 %), qui intègre beaucoup plus de valeurs.

Les gérants en raffolent

Les valeurs high tech font l’objet depuis de long mois d’un intérêt croissant de la part des grands investisseurs. Les fonds sectoriels ont affiché en 2017 leur taux de croissance le plus rapide depuis 15 ans en termes d’entrée de capitaux. Au total, cela a représenté 21 % des actifs sous gestion. Selon le dernier sondage de Bank of America Merrill Lynch auprès de 207 gérants (596 milliards de dollars d’actifs sous gestion), le secteur technologique a été celui qui a été le plus surpondéré dans leurs portefeuilles depuis le début de l’année, excepté en juillet où il a été dépassé par les banques. «Depuis les plus bas de 2009, il en a été ainsi dans 80 % des cas », notent les analystes de la banque.

Parmi les 68 valeurs de l’indice S&P 500 IT, les déceptions sont rares. On ne compte que 8 valeurs en baisse dont Akamai Technology (serveurs pour les entreprises, -21,8 %), Qualcomm (puces pour mobiles, -12,9 %) et F5 Network (réseaux télécom, -11,80 %). En revanche, Activision Blizzard (jeu vidéo) bondit de près de 70 %, nVidia (microprocesseurs) de 54,7% et Autodesk (logiciels) de 49 %.

Le secteur, malmené après l’élection de Trump – les entreprises de la Silicon Valley s’étant notamment opposé à la politique migratoire du nouveau président susceptible de peser sur leurs coûts salariaux – bénéficie depuis quelques mois de la fin du « Trump trade » et de l’incapacité de la Maison Blanche à tenir ses promesses de campagne. Les investisseurs sont donc revenus en masse sur ces entreprises affichant une meilleure visibilité et un potentiel de croissance plus élevé.

Ivresse des cimes

Quoi qu’il en soit, certains gérants commencent à être gagnés par l’ivresse des cimes face au record des valeurs high tech. Pour 68 % des gérants interrogés par BofA ML, les valeurs Internet sont jugées chères, mais ils ne sont encore que 12 % à parler d’une bulle.

Il est vrai que si l’indice S&P 500 IT se paye plus de 19 fois ses bénéfices attendus à la fin de l’année, le secteur est aussi l’un de ceux qui devrait connaître la plus forte croissance, du chiffre d’affaires et des bénéfices, dans les années à venir. Il n’est pas étonnant d’ailleurs que ce record intervienne au moment où démarre la saison des résultats trimestriels aux Etats-Unis. Les attentes sont particulièrement fortes pour le secteur.

Par ailleurs, ajoute Christophe Seilern chez Pictet WM, « nous sommes très loin de ce que l’on a connu en 2000, à l’apogée de la bulle dot.com. A l’époque, le PER (ratio cours/bénéfice par action) dans le secteur de la technologie avait dépassé 55 fois. Enfin, les sociétés technologiques génèrent aujourd’hui des flux de trésorerie considérables, alors que la bulle Internet s’est caractérisé par une quasi-absence de valeur fondamentale “. L’analyste de Pictet WM s’inquiète tout de même des niveaux de valorisation « quelque peu irréalistes » de certaines entreprises comme Tesla, nVidia ou Micron, « qui ont vu leurs cours augmenter bien plus vite que leurs bénéfices o leurs prévisions de croissance “. De ce point de vue, la saison des résultats pourrait servir d’heure de vérité pour les géants de la technologie. Le marché pourrait en effet sanctionner toute déception sur les comptes, à l’image d’IBM qui a perdu 4,2  % mercredi. Le groupe a affiché un chiffre d’affaires inférieur à ses attentes, en raison du ralentissement de la croissance de ses activités à forte marge, dont les services de cloud (informatique dans les nuages).

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